A l’image d’un conte de fées contemporain, The Sweet East suit le parcours initiatique de Lilian (Talia Ryder) dans une Amérique fracturée. Sean Price Williams réalise un premier long-métrage complètement fou.

Au cours d’un voyage scolaire, Talia prend la décision de s’en éclipser. Par le biais de son voyage et de ses rencontres, la jeune étudiante découvre un monde qu’elle ne pouvait imaginer.

Lilian aux pays des merveilles

Lilian s’ennuie profondément, jusqu’au jour où elle fait la première rencontre du reste de sa vie, en la personne de Caleb (Earl Cave). Lilian suit alors son lapin blanc tatoué, percé et exhibitionniste pour une aventure, son aventure. Il lui ouvre  une porte vers le vrai monde. Cette porte, qu’elle n’aurait vraisemblablement jamais ouverte seule, est ce qu’elle entendait depuis toujours : son droit de grandir. Telle une exploratrice des temps modernes, Lilian va observer, tenter, se laisser porter par ses rencontres et les opportunités qui se présentent. Lilian est une véritable enfant dans un monde d’adultes, dans un monde imaginaire. Elle dessine ses pensées sur la grande toile qui se dresse devant pour épouser pleinement toutes les occasions qui se présentent à elle. Esthétiquement proche de Sofia Coppola, le réalisateur américain filme une Talia Ryder avec délicatesse et onirisme dans un monde terne, qui fait presque grincer des dents.

Lawrence (Simon Rex) et Lilian (Talia Ryder) dans The Sweet East © Marathon Street
Lawrence (Simon Rex) et Lilian (Talia Ryder) dans The Sweet East © Marathon Street

Découvrir les autres pour se découvrir soi-même

The Sweet East est une traversée dans cette Amérique mi-réaliste, mi-fantasmée de Sean Price Williams. Mais The Sweet East c’est principalement l’introspection formatrice d’une femme qui se découvre par les autres. Lilian quitte sa vie comme Holly, jouée par Sissy Spacek dans Badlands. Ennuyées, les deux personnages ont besoin d’un ailleurs, quitte à calciner leur passé pour mieux grandir. Accompagnée, la protagoniste découvre par étape différents visages du monde qui l’entoure. Dans un environnement américain, qui par certains aspects englobe la société occidentale dans son ensemble, elle ouvre les yeux sur la diversité qui fait une société. Du nazisme au cinéma, elle nage à contre-courant dans un monde dissemblable de sa personne. Elle semble néanmoins être systématiquement à sa place et saisit tout ce qui s’offre à elle.

Lilian en bonne compagnie © Marathon Street
Lilian en bonne compagnie © Marathon Street

Les choix d’une vie

Pour Lilian, chaque situation, chaque choix sont de nouvelles opportunités. Malgré une véritable segmentation des péripéties, tout semble lié par les choix qui sont réalisés. Dans la construction de son histoire, The Sweet East rappelle le Beau is Afraid d’Ari Aster. Chaque nouvelle histoire vient détruire la précédente mais l’ensemble est malgré tout très méthodiquement lié par les choix du protagoniste. Maître de sa vie et de ses choix, Lilian avance, évolue et fait des hommes qu’elle rencontre de véritables pantins. Elle ira jusqu’à en marionnetiser certains comme Lawrence (Simon Rex) suprémaciste-« gentil » et Ian (Jacob Elordi) star de cinéma. Femme moderne sans le savoir, Lilian avance dans son histoire comme un bulldozer et s’élève par la force de ses décisions.

Ode à la culture underground, The Sweet East conte plus qu’il ne raconte l’histoire d’une femme qui se construit par les autres. The Sweet East se présente comme un long-métrage audacieux et quasiment unique dans le paysage cinématographique. À voir absolument ! En salles depuis le 13 mars.

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