Dans un New York ultra-réaliste, Jean-Stéphane Sauvaire met en scène Tye Sheridan et Sean Penn dans une histoire tirée du roman 911 (Black Flies) de Shannon Burke. À mi-chemin avec le documentaire, le film se transforme finalement en thriller crasseux mais vériste.

Ollie Cross et Rutkovsky forment un duo d’ambulanciers déséquilibré en termes d’expérience. Au cours d’une première opération, Ollie découvre les techniques de sauvetage auprès de son coéquipier. Il découvre également les affres d’un métier exténuant.

La violence par sédation

Tye Sheridan joue Ollie Cross, un personnage qui semble dénoter avec son environnement socio-professionnel. L’acerbité et le pragmatisme de certains de ses collègues marquent une réelle cassure avec la psychologie du jeune ambulancier. Il paraît comme déconnecté de l’écosystème new-yorkais qui gravite autour de lui. Cette violence permanente imprègne le personnage principal jusqu’à le dévorer, jusqu’à le métamorphoser. Le métier le change, la personnalité de ses collègues déteignent à petit feu sur lui. Parfois trop réaliste, parfois stéréotypé, le film se perd dans une volonté de trop montrer. Certaines scènes, certaines séquences apparaissent avec un certain manque de finesse, ladite transformation par exemple. Le long-métrage pallie globalement ce(s) manque(s) grâce à une mise en scène et une composition implacables.

Ollie Cross (Tye Sheridan) et Gene Rutkovsky (Sean Penn) © FilmNation Entertainment
Ollie Cross (Tye Sheridan) et Gene Rutkovsky (Sean Penn) © FilmNation Entertainment

Le son (et New York), au cœur du film

Sean Penn joue Gene Rutkovsky, ambulancier senior et coéquipier d’Ollie. Il est en quelque sorte la parfaite représentation de la ville de New York. Froid et sauvage, il métaphorise New York avec son ambulance. La seule différence palpable est le son. Gene Rutkovsky, cliché en ambulancier au bord de la dérive, est replié sur lui-même et ne dialogue peu voire pas. Le New York de Sauvaire est une ville sauvage, violente et surtout bruyante. Certaines scènes sont quasiment inaudibles, ce qui accentue l’oppression des deux personnages qui agissent avec beaucoup d’émotions, au contraire de l’archétype du crétin incarné par un Michael Pitt, détestable mais impressionnant.

Ollie dans l'enfer de New York © FilmNation Entertainment
Ollie dans l'enfer de New York © FilmNation Entertainment

Une composition de grande facture

Jean-Stéphane Sauvaire connait la ville de New York, il y vit depuis plus de 15 ans. C’est ce regard qui permet au film de s’approcher au maximum de la réalité. New York n’est que très peu filmé dans sa généralité. Sauvaire capture les individualités dans l’intime. La vie et la mort planent continuellement au-dessus des deux personnages, jusqu’à se mêler. Rutkovsky survit dans un environnement dans lequel il tente toujours de s’intégrer. Ollie et Rutkovsky sont deux ambulanciers qui tentent de sauver des vies et de maintenir les leurs à flot, de survivre en permanence. Dans un générique époustouflant, comme il en existe peu, Jean-Stéphane Sauvaire filme avec brio New York par le prisme d’une ambulance. Le film ne laisse ni le temps, ni la place (malheureusement mais volontairement) à ces images qui viennent ponctuer l’histoire du sceau du réalisateur français.

Le projet originellement lié au réalisateur américain Darren Aronofsky a été récupéré par l’excellent metteur en scène français. Il était en lice pour la Palme d’or au Festival de Cannes 2023. Malgré quelques touches imparfaites, comme la relation entre Tye Sheridan et Raquel Nave, délibérément glauque, Black Flies se présente comme un long-métrage qui vacille entre action, drame et thriller.

Tye Sheridan et Sean Penn interprètent très bien ces funambules marchant sur un fil qui les sépare continuellement de la vie et la mort. 

Black Flies, en salles dès le 3 avril.

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