Play a attiré l’attention sur lui dès sa promotion grâce à l’originalité de son parti pris : raconter la vie d’un homme à travers ses propres cassettes vidéos amateurs. Nous étions en droit d’attendre beaucoup de cette promesse. Et personnellement je n’ai pas été déçu.

C’est étonnant de voir à quel point toute la puissance de Play réside dans des procédés cinématographiques très simplistes. Une histoire modeste confère à l’œuvre son aura naturaliste. Tandis que le dispositif rudimentaire du found-footage impose une authenticité concrète. Sans s’en rendre compte, nous voilà embarqués dans la vie de Max. Les souvenirs défilent devant nos yeux sans être forcément liés par une cohérence scénaristique. Comme dans la vie. Une multitude de détails sont là pour nous plonger les années 90. Une référence dans un dialogue, un élément du décor reconnaissable, tout cela ancre le récit dans une réalité bien familière. Et une fois que nous sommes confortablement installés dans l’enfance, le film gagne en maturité en devenant un peu plus amer. En voyant les personnages passer à côté de leurs destins nous nous mettons à regretter tous les actes manqués de notre vie. Play se démarque à nouveau des autres comédies françaises en évitant de caresser son spectateur dans le sens du poil. Ici on parle de la vraie vie et la vie n’est pas qu’un long fleuve tranquille. En portant à l’écran les échecs de Max, Anthony Marciano transforme son feel good movie en une œuvre bien plus nostalgique qui nous met face à l’immuabilité du passé.

Malheureusement le récit doit se terminer. Et pour développer ma pensée je vais être obligé de vous parler de la fin.
Voici donc une zone spoiler à éviter si vous n’avez pas vu Play.

À la fin donc, Max s’est séparé de sa compagne. Emma est de retour à Paris et est elle aussi célibataire. Et c’est à ce moment là que Max prend son courage deux mains pour aller voir Emma à son travail et lui faire une déclaration en public comme dans l’une des comédies romantiques les plus clichées du marchés. Cet alignement des planètes qui veut que les deux protagonistes se retrouve à attendre l’autre au même moment , et l’exécution complètement convenue des retrouvailles rompt à mon sens totalement avec le reste du récit et délaisse tout le réalisme construit auparavant.

Fin de la zone spoiler

Play était pour moi à deux doigt de se ranger à coté de Gaspar Noé et Eric Rohmer, au milieu d’œuvres qui ont pour ambition de retranscrire le réel dans toute sa beauté et sa cruauté. Mais son désir de renouer avec les codes de la comédie romantique dans ces derniers instants lui enlève beaucoup de son aura. Malgré ce bémol, il reste une œuvre délicieusement originale et ambitieuse, très agréable à voir et à revoir.

La Bande-Annonce du film :

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