« Qui est David Bowie » ? Si un jour vous devez répondre à cette question, il y a fort à parier que votre réponse soit au mieux incomplète, au pire hors-sujet. Résumer Bowie en quelques phrases est un défi impossible à accomplir tant il est un artiste touche-à-tout et complexe, autant dans ses œuvres que sa philosophie. Il y avait donc de quoi s’enthousiasmer lorsque les membres de la famille de Bowie ont donné leur aval à Brett Morgen pour réaliser Moonage Daydream, sorte de montage documentaire sur le défunt chanteur, d’autant plus que ces derniers avaient refusé de céder les droits des chansons de Bowie seulement quelques années plus tôt pour le film Starman. Morgen n’en est pas à son coup d’essai avec les documentaires rock, ayant déjà réalisé Montage of Heck ayant pour sujet la vie de Kurt Cobain. Toutes les conditions étaient donc réunies pour faire de Moonage Daydream un grand succès.

L’HOMME DERRIÈRE L’ARTISTE

Moonage Daydream n’est clairement pas un biopic comme pouvaient l’être Bohemian Rhapsody ou Rocketman. Il s’agit au contraire d’un documentaire monté à partir d’images d’archives, d’extraits de concerts et d’interviews fournies par la famille du chanteur. Ce parti pris amène Brett Morgen à s’intéresser davantage à l’homme qu’à l’artiste. Il n’y a finalement que très peu de passages racontant la manière dont Bowie a composé tel ou tel morceau, mis à part la trilogie Berlinoise. A la place, Morgen a choisi de se concentrer sur les errances identitaires et la philosophie du chanteur : on entend Bowie parler de son rapport à la musique bien sûr, mais également à la spiritualité, la vie, l’amour, la sexualité et bien d’autres thèmes.

On découvre alors un Bowie plus intime, timide, souvent mal à l’aise sur les plateaux TV et en quête de stabilité dans sa vie personnelle. Un portrait bien loin de ses excentricité scéniques dont Brett Morgen a parfaitement su capter l’essence, notamment par son choix d’interviews. Loin d’être statique, cette représentation évolue avec le temps, le documentaire balayant environ quarante ans de carrière, même si l’absence de dates précises rend le documentaire universel, comme si le but était de dresser le portrait ultime de Bowie.

PLUS QU’UN DOCUMENTAIRE

Moonage Daydream est à l’image de la carrière de Bowie : varié, difficile à appréhender et intriguant. Loin de se contenter d’enchaîner des images du chanteur en y apposant des chansons, Brett Morgen fournit un véritable travail de montage : le film fait se superposer des captations de concert, des interviews, des archives personnelles, mais également des extraits de film ou des fonds animés par exemple. Cela lui confère un aspect généreux, d’autant plus que le montage est extrêmement nerveux, avec des successions de plans très rapides. Le film est à voir comme un kaléidoscope : chaque nouvelle séquence est l’occasion de découvrir un nouvel aspect de la vie de Bowie, mais également de nouvelles idées de montage qui renforcent l’idée développée.

Le film alterne d’ailleurs entre un rythme effréné qui guide notamment les premières années du chanteur et un rythme plus posé qui vient ponctuer ses séquences d’errance ou de doute. Notons également que Brett Morgen a eu l’intelligence de ne pas surcharger le film d’extraits de chansons de trente seconde, ce qui est bien sûr tentant dans ce genres de situation. Bien au contraire, le réalisateur propose des versions live de grand succès de Bowie que les spectateurs ont la chance de découvrir dans leur intégralité, chaque chanson ponctuant une séquence et donc un thème précis. Loin d’être une simple succession d’images, le film propose donc une véritable expérience dense et généreuse où le montage donne tout son sens à ce qui est raconté.

GÉNÉREUX, OUI, MAIS UN PEU TROP

Malheureusement, la générosité qui caractérise Moonage Daydream est également son principal défaut : à trop vouloir en faire, le réalisateur a parfois tendance à perdre le spectateur qui doit raccrocher tous les wagons pour donner du sens à certaines séquences. Cela donne parfois lieu à une surcharge d’informations, comme un sentiment d’écœurement après avoir trop mangé. Même si la structure globale reste compréhensible, le tout est donc parfois quelque peu indigeste et dur à suivre. De plus, ce trop plein mène parfois à un certain ennui, la faute à des séquences qui tournent parfois en rond ou reviennent sur des points déjà soulevés auparavant. Rajoutez à cela quelques images réutilisées à certains moments du film et vous obtenez un métrage certes dense, mais qui aurait pu être amputé d’une demi-heure sans que cela ne pose spécialement problème.

MOONAGE DAYDREAM EST-IL INDISPENSABLE ?

Si vous voulez découvrir la carrière de David Bowie ou que vous vous attendez à voir un biopic hollywoodien avec une narration classique, passez votre chemin : Moonage Daydream n’est clairement pas pour vous. Le film s’adresse clairement aux personnes qui connaissent au moins la carrière de Bowie et voudrait en découvrir plus sur sa vie. Grâce aux images d’archives et à son montage riche de sens, quoiqu’un peu déconcertant par moment, Moonage Daydream est clairement un indispensable pour les fans du chanteur, une expérience à vivre plus qu’un film à regarder.

Bande annonce de Moonage Daydream :

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