C’est le petit événement du cinéma français en cette fin d’été. Après plusieurs court-métrages, Armand Foëx et Clément Devilliers, deux très jeunes réalisateurs, se sont lancés dans la réalisation d’un long, par leurs moyens. En résulte une oeuvre adorable et touchante sur une jeunesse larguée.

À L'AISE BREIZH

En plein coeur de la Bretagne, du Kreiz Breizh, deux duos buddy. L’un/l’une a l’idéologie de la gagne dans le sang et embarque l’autre, plus taciturne et réaliste, dans une combine. Sur ce postulat repose Un Grand Raccourci. Corentin (Jules Porier) embarque son cousin Grégoire (François Le Bris), qui travaille dans le restaurant de son père, dans un business de dératisation. En parallèle, Maeva (Louise Labèque) embarque Louise (Sara Montpetit), employée aux pompes funèbres, dans un concours de Miss Côtes-d’Armor pour que cette dernière puisse promouvoir son commerce de bijoux fantaisie.

Les quatre protagonistes du film Un Grand Raccourci © UFO Distribution
Les quatre protagonistes du film © UFO Distribution

Pas mal de chance et de hasard vont faire se côtoyer ce duo à plusieurs reprises jusqu’à former un quatuor dans ce film qui n’est clairement pas sans rappeler un Little Miss Sunshine en plus contenu. Comme dans ce film culte, il s’y dégage comme un esprit d’aventure, une force de vaincre grâce à ce format Scope, qui permet également de mieux profiter des grands espaces du Kreiz Breizh, au sein desquelles la caméra glisse avec presque une certaine sensualité. Pensons également au travail des couleurs, propres et lumineuses. Mais aussi, bien évidemment, à cette critique du système et de l’idéologie de la win avec ce concours de Miss Côtes-d’Armor. Concours dont les réalisateurs dénoncent l’absurdité et l’hypocrisie de ses valeurs auto-proclamées. Notamment à coup de gestes et de répliques bien placées.

Le parlé est là l’un de ingrédients de la comédie du film. Une comédie qui repose également sur des moments incongrus, parfois hilarants. Elle est renforcée par un beau jeu de montage et d’excellents acteurs, en particulier le duo féminin. Louis Labèque (Toni en famille) est exquise avec son franc-parler tranchant et la pudeur du personnage de Sara Montpetit (Vampire humaniste cherche suicidaire consentant) la fait véritablement rayonner. François Le Bris et Jules Porier sont également très bons, notamment dans leur ping-pong verbal, quoiqu’on peut leur reprocher quelques fausses notes.

Louise et Maeva dans le film Un Grand Raccourci © UFO Distribution
Louise et Maeva, le meilleur duo du film © UFO Distribution

UNE FORCE TRANQUILLE ET MÉLANCOLIQUE

L’un de moments les plus forts du film est une scène dans laquelle nous voyons Maeva travailler comme surveillante à la piscine locale. Alors qu’avec sa gouaille, elle engueule ceux qui courent, le film cut par un plan de presque une dizaine de secondes qui nous la montre nettoyer le sol. Seule. Dans cette suite de plans se dessine comme une sensation de lassitude et d’isolement chez Maeva. Un ennui même, qui ne demande qu’à être comblé par une meilleure vie.

Un Grand Raccourci est justement l’histoire de jeunes qui veulent une autre vie faite de moins d’ennui, de galère. Chaque membre de ce petit monde forme le portrait drôle et délicat d’une jeunesse résignée ou débrouillarde ; dans tous les cas, qui se démène pour trouver comment s’en sortir.

C’est en cela que derrière cette envie de vaincre, que derrière la comédie parfois cocasse se cache beaucoup de mélancolie. C’est par ailleurs l’une des forces du film que de parvenir à glisser entre les deux. Jusque dans la belle musique de Zac Mouillon, empreinte à la fois de cette envie de voyage et d’ailleurs et de cette tristesse sous-jacente (notamment via le piano).

Il résulte d’Un Grand Raccourci surtout une chronique autour de l’acceptation face au jeu d’un système superficiel ; acceptation de soi, acceptation du changement. Ces histoires de combines se révèlent finalement des épiphénomènes dans la vie de ces jeunes adultes paumés. Des parenthèses qui leur font apprendre plusieurs autres choses ; savoir faire le deuil, savoir clamer son authenticité… ou encore admettre que les choses changent.

C’est notamment sur l’inévitabilité du temps qui passe que le duo de réalisateurs mettent l’accent. Le père de Grégoire (Olivier Rabourdin) n’arrive plus à tenir le restaurant familial et son fils doit partir prendre un autre boulot dans la restauration, ailleurs qu’en Bretagne. Car il faut bien vivre. Face à cela, Corentin doit accepter que, comme dit Shurik’n, la vie, c’est pas toujours comme on veut, c’est souvent comme on peut.

Soit exactement ce qu’ont fait Armand Foëx et Clément Devilliers avec ce premier long-métrage. Le résultat est très beau et est à découvrir actuellement en salles.

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