Réalisé par Sean Durkin, Iron Claw est le dernier poulain de l’écurie A24. Dopé par la gloire et l’héritage, la figure paternelle familiale cherche à vivre par le biais de ses fils ce qu’il n’a pas réussi à accomplir. Tirée de l’histoire vraie de la famille Von Erich, le film est une réussite sur tous les plans.

Au début des années 80, la fratrie Von Erich est incontournable dans l’univers de la lutte professionnelle. Entrainés par un père tyrannique, Fritz Von Erich, les frères vont atteindre les sommets de leur discipline. Du triomphe familial à la tragédie, Iron Claw raconte l’histoire d’une famille qui a marqué l’histoire du catch.

Un amour palpable et sincère

Avant d’être un film sur la lutte professionnelle, Iron Claw est avant tout un film sur la famille et plus précisément sur la fraternité. Les liens qui unissent les quatre frères à l’écran : Kevin (Zac Efron), David (Harris Dickinson), Kerry (Jeremy Allen White) et Mike (Stanley Simons) sont forts et vont au-delà de leur activité commune. D’ailleurs, Sean Durkin a volontairement décidé de ne pas inclure Chris, le cinquième des six frères car il considérait que « c’était une tragédie de plus à laquelle le film n’aurait pas pu résister ». Jack, le premier de la fratrie est décédé accidentellement à l’âge de six ans.

Des entrainements, aux moments de loisirs, les quatre frères dépeints à l’écran s’aiment passionnément. Ils se soutiennent et la relation fraternelle qu’ils entretiennent transpire de sincérité. À la frontière de l’amitié, les frères s’élèvent les uns et les autres. Malheureusement, une malédiction et la toxicité du père planent au-dessus d’eux.

Kevin Von Erich © Metropolitan FilmExport
Kevin Von Erich © Metropolitan FilmExport

La malédiction ou tragédie Von Erich

Le film se construit sur le mirage d’une prétendue malédiction. Kevin, qui la craint, va progressivement y croire. Pam (Lily James) apparait alors comme l’un des personnages clé de l’histoire. Outre son arrivée marquante dans la vie de Kevin et malgré son rôle secondaire, elle constitue le véritable moteur de l’histoire personnelle de Kevin. Dans un monde masculin testostéroné, elle est la personne qui va aiguiller, orienter Kevin dans ses choix et dans ses doutes. Elle ose dire ce que lui n’arrive à penser : la faute n’est pas la sienne et ne peut l’être.

Ainsi, Kevin va grandir et progressivement penser par lui-même jusqu’à réussir à s’extraire de l’emprise de son père. Zac Efron interprète ici le rôle de sa carrière. Indépendamment de sa préparation physique hors-norme, son jeu d’acteur est bluffant. 

Finalement, la malédiction n’existe pas. Elle n’est qu’une sorte de masque de la toxicité d’un père qui tente d’individualiser et de masculiniser ses fils. À travers eux, il profite du succès qu’il n’a jamais connu. La dite malédiction est plutôt une tragédie psychologique.

Pam Adkisson © Metropolitan FilmExport
Pam Adkisson © Metropolitan FilmExport

L’emprise psychologique

Fritz Von Erich exerce une pression psychologique sous-jacente sur l’ensemble de sa famille et plus particulièrement sur ses fils. En les mettant en compétition d’abord, quitte à les monter les uns contre les autres, jusqu’à les empêcher d’émettre la moindre émotion. Il coupera à toutes leurs distractions respectives pour les ramener dans le « father’s plan » : la carrière professionnelle et l’obtention de la ceinture de champion du monde. Le Sportatorium, lieu d’entrainement très bien reconstitué, représente l’antre du père.

« Kerry est mon préféré puis Kev, puis David puis Mike. Mais le classement peut changer. » Émise par Fritz au début du film, cette phrase illustre le système d’éducation mis en place. En plus de les mettre en compétition, il hiérarchise ses enfants par un ordre de préférence. La « Iron Claw », prise de soumission avec la pression de la main et du poignet, créée et pratiquée par Fritz lors de sa carrière, est l’image parfaite de la domination de la figure paternelle. Cette technique exercée physiquement au sein du film sur un de ses fils est surtout pratiquée psychologiquement tout le long du long-métrage sur la fratrie. Ils sont chacun dans cet étau de fer qui les empêche de vivre normalement. Le père écrase ses enfants en vivant par procuration ce qu’il n’a pu vivre, et c’est ce qui va progressivement broyer la famille. Les repas, moments d’échange et de joie au début du film, se transforment petit à petit en simple prise de protéine dans un silence mortuaire.

Pam et la fratrie © Metropolitan FilmExport
Pam et la fratrie © Metropolitan FilmExport

"je suis un frère"

La résilience de Kevin, avec l’aide de Pam et de sa famille, est extraordinairement bien retranscrite à l’écran. En ôtant toutes les émotions de ses personnages, Sean Durkin sentimentalise l’histoire en donnant toute une palette d’émotions à ses spectateurs. Tout le long du film, les émotions sont volontairement compressées dans un étau pour mieux appuyer le conditionnement des frères Von Erich. Un parti pris qui sublime la séquence finale.

Dans une composition et une qualité filmique semblables à celles de The Wrestler de Darren Aronofsky, Sean Durkin arrive à raconter avec justesse, sans mélodrame, la tragique histoire de la famille Von Erich, l’une des plus iconiques familles de l’univers du catch.

En salles depuis le 24 janvier.

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