Réalisateur: Dan Kwan et Daniel Scheinert

Casting: Michelle Yeoh, Ke Huy Quan, Jamie Lee Curtis, Stephanie Hsu

Genre: Comédie Dramatique, Science-Fiction

Sortie: 24 Mars 2022

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Synopsis : Evelyn tient une petite laverie familiale. Triste, elle est consciente de n’avoir fait que des mauvais choix dans sa vie. Mais l’irruption de son mari provenant d’une autre dimension va l’éclairer sur qui elle est vraiment. Il est temps de faire face aux conséquences démesurées de ses actes !

Le concept de multivers semble être l’attrape couillon du moment. En réalité, depuis la claque que nous a donné Into the Spider-verse, les studios financent en masse des projets artistiques jusqu’au-boutistes dans leur forme et leur traitement de l’image. Une très bonne nouvelle, mais depuis le film d’animation sur l’homme araignée, trop peu de projets parviennent à se montrer à la hauteur de la tâche. Et non, ce n’est pas Dr Strange : Multiverse of Madness qui changera la donne…
Et soudain, en voilà un qui débarque pour ajouter sa pierre au petit édifice de l’absurde fantastique. Issu des écuries A24, Everything Everywhere All at once est une tornade très maîtrisée mais sans aucun contrôle qui va sûrement prochainement balayer la surface du globe.

Evelyne se découvre des aptitudes extraordinaires.

Fracture Filmique

Le concept est issu d’une pensée simple qu’on a tous déjà connue : et si, a l’instant T, advenait une rupture totale du vraisemblable, dépouillée de toute forme de contrainte ? Distillé au compte-goutte au fil du récit, les éléments qu’on pense d’abord absurdes prennent de plus en plus de place, jusqu’à éclipser le peu de raison qu’il restait au film. Tout semble provenir d’autres projets, tant dans le ton que dans la mise en scène, tel un patchwork de genres et d’idées, qui se rencontrent dans le plus savant des mélanges. Comme il est question d’un effondrement absolu de la tangibilité du réel, tout est mis en œuvre pour nous le faire ressentir le plus cinématographiquement possible. Ça fonctionne du feu de dieu.

Le film s’affranchit totalement de n’importe quel moule, étirant et déformant le rythme de la narration pour des vas et viens épileptiques. Il ne veut ressembler à rien d’autre puisque son principe repose justement sur l’explosion de tout contenant, ici la forme rejoint le propos. Étant un puits de références jouant sur les acquis du public, il n’oublie jamais de citer les plus grands du cinéma chinois, des chorégraphies de Jackie Chan aux plans allumés de Tsui Hark, en passant par la moiteur féline des ambiances de Wong Kar-Wai.

Ici, une référence directe à la cinématographie de Wong Kar-Wai.

Le Cirque fait son cinéma

Le ton du film évolue constamment, oscillant entre drame et comédie alternative, entre action et exposition lourdingue. Tout à fait loufoque, l’humour est avant tout un outil de langage, qui sert d’abord à souligner l’étrangeté de la situation. Il devient ensuite le reflet de la protagoniste qui trouve grâce au sein du multivers, se découvre une capacité curative et profite de ses pouvoirs pour transformer toute conséquence dramatique de la vie des personnages en continuité chaleureuse, comme si elle parvenait à écrire au stylo la suite de chaque mésaventure pour finir en happy ending. Quand l’humour n’est au début qu’un habillage coloré et amical, il finit par être la source principal du malaise étrange ressenti face à ces êtres omnipotents. Une très belle gestion du vide abyssal ressenti face à l’immensité des possibilités explorées par le film.

Notre personnage devenu caillou en plein milieu du film.

Résonance Intime

Au final, on comprend que tout est mesuré, calculé, pour servir l’évolution des personnages. Rien n’est cool ou débile pour le plaisir de l’être uniquement. C’est a la fin du métrage que se révèle son propos. En vérité, la fuite mentale et physique de cette mère de famille dépassée sert d’introspection. Alors qu’elle peut être tout et n’importe qui, elle choisit d’embrasser sa véritable constante, celle d’être une femme aimante, aidante et présente pour sa fille et son mari, qu’elle considérait jusqu’alors comme des obstacles à son bonheur, des erreurs quasi responsables de sa vie morne. Une mère se doit d’être tout à la fois, analogie assez évidente ici. La protagoniste parvient a canaliser son attention sur l’intimité nécessaire, celle qui compte vraiment, pour sauver sa fille du désespoir, des abysses dans lesquelles elle était prête a se jeter corps et âme.

Evelyn mène une vie formidable dans une des autres dimensions.

Un grand film sur l’acceptation et non pas la résiliation, une prise de conscience hallucinée de cinéma, un digne héritier de la folie pure de Into the Spider-Verse et surtout, une mise en scène impeccable d’efficacité. Jamais l’écran ne s’est autant tordu, jamais le spectateur n’a autant voyagé en lui et aussi loin. Un film qui fond et explose, à découvrir absolument.


Note

Note : 8.5 sur 10.

8,5/10


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