LES ANNÉES GLORIEUSES POUR LE CINÉMA (ET DIVERTISSEMENT) AMÉRICAIN

La fin de la décennie 70, et le début des années 80 (et la décennie suivante également) comptent parmi les plus belles époques du cinéma qui aujourd’hui rendent nostalgique un bon nombre d’entre nous. Période(s) glorieuse(s) qui a vu naître les plus grands classiques d’aujourd’hui par les metteurs en scènes les plus reconnus (et les plus créatifs). De Spielberg qui offrit au monde le premier blockbuster (horreur) de l’histoire avec Jaws (1975) à James Cameron qui imposait déjà sa vision de la science fiction avec Terminator (1984) en passant par George Lucas qui signait le début de la plus culte des sagas de space opera avec l’immense succès surprise de La Guerre Des Étoiles (1977), le monde avait de quoi se divertir.

VERS DU CINÉMA PLUS INDÉPENDANT

Mais il est important de se souvenir des moins « spectaculaires » d’entre eux pour aller chercher du côté des feel good, et productions moins retentissantes comme les débuts florissants de Lucas avec American Graffiti (1973) ou même les comédies de l’intellectuel farfelu Woody Allen (Annie Hall et Manhattan 1977 & 1979). Et John Hughes alors ?

Peut-être plus reconnu pour ses talents de scénariste (Home Alone 1 & 2, Flubber, Beethoven c’est bien sa plume) que pour être derrière la caméra, il n’a signé que 8 films, dont deux ont vraiment retenu l’attention et se sont forgés une certaine réputation au fil des années, pour s’inscrire au rayon des films cultes. L’un est La Folle Journée de Ferris Bueller (1986) et l’autre et celui qui nous intéresse le plus : Breakfast Club.

Sorti en 1985, ce huit clos se déroule le temps d’un Samedi de colle avec 5 adolescents qui dans un premier temps sont tous réservés ou hostiles les uns envers les autres, avant d’apprendre à se connaître et se découvrir des points communs qui pourraient bien les lier en dehors de cette journée. C’est aussi la question que pose le film. Comment 5 lycéens qui normalement ne se fréquentent jamais, vont être amenés à devenir amis (si ce n’est plus) au fur et à mesure ? Ou vont-ils le devenir ?

L’ADOLESCENCE CHEZ JOHN HUGHES

Voilà justement tout le talent de John Hughes, lui qui a toujours su traiter la jeunesse dans toute sa splendeur, et dans tous ses états d’âmes, confronte leurs différences sur le plan social, pour les amener à s’ouvrir et ainsi il est possible de s’attacher à eux malgré leurs forts caractères qui les reclut en début de film. Hughes donne une identité, une personnalité et un développement pour chacun que ce soit Bender (Judd Nelson) qui passe de jeune voyou désagréable et provocateur au garçon gentil à l’écoute des autres, ou Allison (Ally Sheedy) qui agit bizarrement et en silence pour dévoiler par la suite un côté rebelle et « détraqué ». Mais c’est aussi le devoir du scénario répondre à la thématique posée par le devoir imposé par le proviseur. Qui êtes-vous ? Qui sont-ils et pourquoi ils sont là ?!

Le film possède un côté « Rock » métaphore d’un lâcher prise total pour le groupe, on se souvient de la scène où ils se mettent à danser de façon très énergique, un moment jouissif et libérateur où tous sont déchaînés. Peut-être même la scène clé.

C’est aussi ce qui construit l’histoire, les scènes où ils décident de n’en faire qu’à leurs têtes en sortant dans les couloirs en suivant de près le proviseur particulièrement coriace (Paul Gleason), bien décidé à les recadrer, et en particulier Bender qui prend un malin plaisir à jouer avec ses limites.

Breakfast Club parle aussi de la domination de ceux qui ont du pouvoir et qui l’excercent, chaque personnage souffre de la pression de leurs parents ou plus encore d’un père sévère qui les maltraite soit physiquement soit verbalement. Dans le cas d’Andrew (Emilio Estevez) l’attitude de son père à son égard l’a entraîné à humilier un autre élève ce qui explique sa présence en retenue. Pour Brian (Anthony Michael Hall), échouer à un examen lui est impensable, ses parents attendant de lui des résultats irréprochables entraînant chez lui une envie de suicide. Quand à Claire (Molly Ringwald) elle souffre de son statut social, venant d’une famille aisée.

Le Club des Cinq chez John Hughes

COMPLEXES ET HONTES DE L’ADOLESCENCE

Le film nous fait bien comprendre qu’une profonde souffrance se cache derrière les multiples insultes ou altercations qu’ils s’adressent durant la majorité du temps, comme pour refouler leur mal-être, mais pas seulement. Il y a aussi le complexe qui est mis sur la table, lorsque Bender questionne Claire sur son intimité en suggérant qu’il lui soit déjà arrivé d’être touchée, voire déflorée dans une simple voiture, il heurte son image et sa pudeur. La virginité a toujours été un sujet de curiosité à l’adolescence, John Hughes se replace alors en adolescent pour se mettre à leurs place. Encore aujourd’hui ce type de situation est toujours répété, des lycéens qui ne se connaissent pas, font connaissance dans les couloirs ou la salle de permanence de leur lycée, et en viennent à s’interroger tour à tour sur la vie sexuelle des uns et des autres. Si quelques uns (dans la réalité ou dans la fiction) répondent sans la moindre gêne, d’autres le prétendent pour valoriser leur image, comme essaie de le faire discrètement Brian, légèrement complexé, pour mieux paraître aux yeux de Claire qui admettra après une ruse d’Allison qu’elle est toujours immaculée. Voilà finalement une partie du film toujours d’actualité dans la génération d’aujourd’hui.

UN FILM QUI SE CONTRUIT PROGRESSIVEMENT AVEC SES PERSONNAGES

Et tandis qu’approche la fin et que tous se connaissent mieux, Hughes répond à la thématique de son histoire. Cette journée à t’elle eu un impact sur les 5 lycéens ? S’adresseront-ils la parole le Lundi suivant, ou redeviendront-ils des inconnus mutuels comme si rien ne s’était passé ? C’est la crainte de Brian qui de toute évidence semble être le moins populaire de tous. Nous remarquons que d’une certaine manière le film ne se contente pas d’établir leurs différences et leurs points communs par rapport à leurs statuts sociaux ou à la relation qu’ils ont avec leurs parents, mais aussi leurs places au sein du lycée.

Bender est un élève insolent qui s’attire régulièrement des ennuis, Claire est une fille populaire dû à sa famille fortunée, Andrew joue dans l’équipe de foot du lycée ce qui lui assure une certaine notoriété, quand à Allyson elle cache sa solitude dans la réalisation de dessins élaborés et de mensonges obscènes. Le film se nourrit de chaque réplique et scène pour construire ce groupe et établir l’identité de nos protagonistes. Plus qu’un simple développement, plus nous avançons plus ils discutent de façon posée, mieux nous pouvons les connaître.

PLUS QU’UN TEENAGE MOVIE, UNE RÉFÉRENCE

Voilà pourquoi Breakfast Club se démarque des teenage movies, parce qu’il possède une construction scénaristique simple mais très efficace. On passe par plusieurs émotions, du rire aux larmes aux moments d’exaltations, John Hughes nous en fait voir de toutes les couleurs. Cette journée change la vie de nos jeunes héros, au même titre que ce film nous bouleverse. Un teen movie qui résonne toujours aussi juste en parlant de la jeunesse et de tout ce qui s’y accroche.

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