? Réalisateur : John Cassavetes

? Casting : Ben Carruthers, Lelia Goldoni, Hugh Hurd, Anthony Ray

? Genre : Drame

? Pays : Etats-Unis

? Sortie : 1ère version sortie en Novembre 1958 à New-York; 2nde version sortie en Novembre 1959 à New-York et en Avril 1961 en France

Synopsis : États-Unis, années 60. Benny, Hugh et Lélia sont frères et soeur et partagent à New York le même appartement. Alors que Benny passe ses journées dans les rues et les bars, Hugh tente de faire carrière comme chanteur de jazz. Lélia quant à elle veut être écrivain. Tous trois veulent aussi aimer et être aimés.

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Inutile de présenter Cassavetes tant ses travaux ont une influence majeure dans le cinéma mondial. Malgré quelques collaborations avec Hollywood, Cassavetes savait d’ou il venait, et savait ou il voulait aller. Il s’est rapidement éloigné des studios et des grosses productions pour proposer un travail authentique avec des moyens financiers limités. Aujourd’hui nous nous attarderons sur son tout premier film, « Shadows« , de 1959. Le film possède une aura particulière puisque la pellicule possède une histoire loin de relever de la banalité. Le film possède deux versions. Une tournée en 1957 en l’espace de 8 semaines, validée et approuvée par le père du cinéma underground américain, Jonas Mekas, et une autre tournée plus tard, en 1959. La première version, considérée comme perdue, a été retrouvée en 2003 à Miami. Un parcours peu commun digne d’un épisode « d’Au fil des enchères » d’Arte. Cependant la première version n’a jamais été proposée au public si ce n’est lors de sa sortie en 1957. « Shadows » c’est l’emblème, le symbole du cinéma underground américain, caractérisé par l’amateurisme des moyens techniques et l’improvisation des acteurs qui par ailleurs ne sont pas spécialement des acteurs. « Shadows » c’est aussi l’emblème de la filmographie de Cassavetes. Loin d’être son meilleur film « Shadows » possède néanmoins les clés d’une porte que Cassavetes décidera d’ouvrir tout au long de sa carrière, celle de l’authentique, du réel, de la vérité.

Tant de choses méritent d’être évoquées sur « Shadows« . Deux frères et une soeur, par lesquels le New-York de la fin des années 50 nous est représenté. Le récit est loin d’être linéaire, rythmé par la bande-son jazz de Shafi Hadi et Charles Mingus qui est une pure improvisation. Ben, le cadet de la fratrie, ère dans les bars de New-York. Constamment à la recherche d’une fille Ben s’ennuie, il n’a aucune idée de comment occuper ses journées. L’aîné, Hugh, quant à lui, est un chanteur de Jazz et se débrouille tant bien que mal pour veiller à ce que son petit frère et sa petite soeur ne manque de rien. Lélia quant à elle, aspire à être écrivain.

Dennis (à gauche) et Ben (à droite)

Loin des codes classiques du cinéma hollywoodien de l’époque, Cassavetes dresse le portrait abstrait de 3 individus. Cette à travers cette abstraction que ressort le charme du film. Toutes les pensées sont suggérés par des regards, filmés en gros plans. Le scénario n’est pas d’une grande aide, ni d’une grande importance pour le spectateur. La beauté qui réside dans « Shadows » est alimentée par la façon dont les protagonistes occupent l’espace. Souvent filmés en gros plans, les protagonistes débordent du cadre. Ils veulent s’émanciper des codes classiques hollywoodiens ou chaque plan est mesuré, précis. Chaque geste, chaque mouvement, donne libre cours à la façon dont le spectateur interprétera la personnalité du personnage. L’improvisation, c’est la liberté. Dans un premier temps la liberté de l’acteur, mais dans un second temps la liberté du spectateur. Ce dernier est libre d’interpréter à sa façon les faits et gestes du personnage à l’écran puisque aucune personnalité précise ne ressort. La caractérisation subjective du personnage est ainsi primordiale. Par conséquent aucune catégorisation dictée n’est possible. Par ailleurs, les acteurs portent leur nom réel dan le film.

Lélia

D’autant plus que les acteurs ne possèdent aucune caractéristiques physiques digne des playboys hollywoodiens de l’époque. Ce sont des hommes et femmes comme tout le monde. De la banalité Cassavetes en ressort de la beauté. Bercé par cette authenticité peut présente à l’époque, le spectateur se contente de contempler. Dans « Shadows » Cassavetes n’utilise pas encore les longs plans-séquences qui seront sa marque de fabrique. Néanmoins le montage dynamique, dirigé par la bande-son, hypnotise le spectateur déjà subjugué par cette façon inédite de réaliser un film.


Note :

9/10

Ce film est une véritable revendication. Il incite chaque aspirant réalisateur de l’époque à prendre une caméra et à filmer. Le premier film de Cassavetes, est une véritable réussite sur tous les plans. Mieux comprendre le film, c’est tenter de se remettre dans le contexte dans lequel il a été conçu. De cette façon l’authenticité et l’innovation, tant technique que narrative, nous oblige à affirmer que Cassavetes et ses acteurs ont fait du très bon travail. Une oeuvre plus que majeure et historique du cinéma mondiale.

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