Avec On ira, Enya Baroux réalise un premier long-métrage très sensible dans lequel elle parle de l’euthanasie volontaire.
Après avoir signé un premier court-métrage en 2018, Enya Baroux (fille d’Olivier Baroux – Kad et Olivier, Les Tuches) s’est fait connaître en tant qu’actrice en 2022 dans le rôle d’Alice dans le film Le visiteur du futur. Mais sa notoriété est montée d’un cran l’année dernière avec la mini-série Fleur bleue, qu’elle réalise pour le Studio Bagel et dans lequel elle endosse le rôle principal. D’une série sur une jeune femme qui enchaîne les coups d’un soir désastreux, Enya Baroux passe au long-métrage road-movie avec On ira. Il en résulte un très beau premier film !
À la Little Miss Sunshine
Marie a 80 ans. Elle a eu un cancer du sein, soigné une première fois avant une récidive. Récidive qui a atteint un stade métastasé. Marie sait que ses jours sont désormais comptés et décide ainsi de partir dignement en ayant recours au suicide assisté, en Suisse. N’ayant pas le courage d’en informer sa famille, elle leur fait croire à un héritage du défunt grand-père à aller récupérer outre-Jura. Ils partent alors tous ensemble à bord d’un camping-car pour un voyage mouvementé…
Une famille dysfonctionnelle dont tous les membres partent ensemble pour un voyage à destination d’un lieu particulier, voyage qui va leur apprendre plusieurs leçons de vie, cela ne vous rappelle-t-il rien ? L’inspiration de On ira est on ne peut plus claire. Que ce soit dans les personnages ou au niveau du ton, on ne peut s’empêcher de penser à Little Miss Sunshine. Pour dire, même certains gags sont inspirés du film de Jonathan Dayton et Valerie Faris !
Le personnage de Anna porte un t-shirt très évocateur durant le film. Un t-shirt avec la phrase we’re all nuts (« on est tous timbrés »). Comme dans Little Miss Sunshine, chaque membre de la famille se définit à sa manière par son petit grain de folie. Mais une chose les unit tous : la maladresse, la capacité à se mettre dans la galère.
Justement, c’est l’une des sources majeures de comédie durant la première partie du film. Notamment via l’introduction des personnages de Marie et Rudy. La première a bien du mal à se débrouiller seule, le second est sur le point de perdre son travail. Nous y découvrons également le père, Bruno. Obsédé par la success-story de Mohamed Ali, il est dans une galère financière à vouloir développer une application. Développement qui le pousse à devenir irresponsable auprès de sa famille.
Une première partie par ailleurs un peu trop précipitée. On a la sensation que l’introduction des personnages et des enjeux passe un peu trop rapidement. Mais après un début quelque peu hâtif, le rythme du film atteint une bonne vitesse de croisière et le plaisir commence pour de bon.

Rouler sur du Desireless
C’est en Provence que commence un voyage initiatique pour la famille, au son de Voyage, voyage de Desireless. Un voyage durant lequel tous les membres apprennent à se reconnecter. On embarque la fille Anna mais également (bien malgré lui) Rudy, qui fera office de conscience pour Marie.
Il en résulte d’abord des moments de peines. Au-delà de plusieurs événements déchirants en eux-mêmes (on pense à une scène en lien avec le grand-père de la famille), chaque membre affronte la vérité à un moment ou à un autre et découvre qu’aimer, c’est aussi savoir laisser partir.
La famille s’arrête notamment auprès d’une autre famille, nombreuse et gitane, guidée par des valeurs de partage. Lors d’une soirée dansante en leur compagnie, Marie échange des paroles fortes et sincères au coin du feu auprès de sa petite-fille Anna.
Mais il s’en dégage également des moments de complicité, comme une partie de Monopoly ou de bowling. Car On Ira est parsemé de moments très drôles. Au-delà d’un humour basé sur les quiproquos, l’on retient surtout des dialogues de qualité. Les relations qu’entretiennent les personnages se ponctuent en effet de discussions qui font la part belle à un sens de la répartie assez fou, procuré par des répliques cassantes et autres punchlines qui font leur effet.

Un superbe quatuor
C’est immanquablement dans la performance des quatre personnages principaux que réside la plus grande qualité d’On Ira. Les interprètes de cette petite famille de fous font tous preuve d’une grande sensibilité dans leur jeu.
Aperçue dans la série Fiasco d’Igor Gotesman et Pierre Niney, Juliette Gasquet est tout bonnement pétillante. Naviguant entre l’humour, la tristesse et le déni, elle confirme son talent. David Ayala, tout juste auréolé de sa nomination aux César en tant que meilleur acteur dans un second rôle dans l’exquis Miséricorde d’Alain Guiraudie. est tout aussi bon. Il sait manier les sentiments et être aussi bien drôle dans sa maladresse et ses moments d’immaturité que poignant. Pierre Lottin est un superbe aide-soignant paumé, propriétaire d’un petit rat. Mais évidemment, la meilleure actrice du film reste Hélène Vincent. Elle est tout simplement rayonnante et profondément attachante. Son jeu réussit à rendre son personnage encore plus fort.
Tous ces acteurs possèdent un grand charisme à l’écran et leur alchimie fonctionne du tonnerre. On regrettera peut-être quelques inconstances au niveau de leurs comportements par moments, une promptitude à virer quelques fois de bord. Mais on aime être à leurs côtés durant l’heure et demie qui compose On Ira, un film qui, certes ne brille pas par son originalité, mais demeure touchant et efficace.
Le film est actuellement en salles.
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