Réalisateur: Joana Hadjithomas et Khalil Joreige

Casting:  Rim Turkhi, Manal Issa, Paloma Vauthier, Clémence Sabbagh

Genre: Drame

Sortie: 2022

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Synopsis : Montréal, le jour de Noël, Maia et sa fille, Alex, reçoivent un mystérieux colis en provenance de Beyrouth. Ce sont des cahiers, des cassettes et des photographies, toute une correspondance, que Maia, de 13 à 18 ans, a envoyé de Beyrouth à sa meilleure amie partie à Paris pour fuir la guerre civile. Maia refuse d’affronter ce passé mais Alex s’y plonge en cachette. Elle y découvre entre fantasme et réalité, l’adolescence tumultueuse et passionnée de sa mère dans les années 80 et des secrets bien gardés.

Memory Box, réalisé par Joana Hadjithomas et Khalil Joreige, est ce genre de film à concept qui a tout de suite tendance à séduire, arrivant à piquer notre curiosité dès la lecture du synopsis. La thématique du souvenir est traitée par un aspect générationnel qui joue lui-même avec une certaine nostalgie des eighties. Toutefois, en plaçant sa jeune héroïne et sa famille au Liban pendant la guerre civile, l’histoire ne se veut pas seulement divertissante mais livre un véritable témoignage. Ce n’est pas un simple prétexte pour évoquer une relation mère-fille conflictuelle, le film nous amène à réfléchir sur comment transmettre la mémoire d’évènements traumatisants. De ce côté-là, le long-métrage réussit son pari artistique et impressionne par ses images, baignées d’une vraie sensibilité.

Les transitions amenant le retour dans le passé sont brillamment mises en scène, utilisant différents ratios d’image, de la surimpression, du collage, du stop-motion et d’autres trouvailles très riches qui donnent l’impression de voir un journal intime prendre vie. Le long-métrage saisit alors son propos, son concept, son atmosphère. Ces séquences, jouant avec la matière filmique, dévoilent des effets inédits dans un film de fiction et tendent vers une approche de cinéma expérimental. Mais elles ne restent finalement que de trop courts instants inventifs dans une narration classique et redondante.

En effet, la construction narrative, entre présent et retour dans le passé, devient rapidement répétitive dû à une redondance de dispositif. Le montage n’arrange rien de tout cela avec un rythme très mal équilibré et des choix de raccords assez mécaniques. Le récit se suit  donc de bout en bout sans véritables surprises, ce qui crée une opposition importante avec le passé où justement, les péripéties s’enchainent à un rythme (trop ?) effréné.

Le défaut principal du film réside contre toute-attente dans son absence d’émotions, ce qui se révèle encore plus rageant lorsque l’on découvre les trouvailles visuelles de l’œuvre ainsi que ses quelques bonnes idées scénaristiques. La raison est toute simple : le spectateur a dû mal à croire en ses personnages. Je ne parle pas de l’actrice Manal Issa (maintenant habituée à ce type de rôle et toujours aussi talentueuse) mais de l’interprétation des acteurs du « présent ». Déjà que la relation mère-fille crée faussement du mystère et donc de l’artifice là il devrait y avoir du réel, le jeu d’acteur laisse clairement à désirer sur l’ensemble de ces scènes. La magie captivante des souvenirs est plusieurs fois coupée par l’absence totale de justesse dans le jeu d’acteur, approfondissant petit à petit le gouffre.

Le spectateur n’a plus qu’à se rendre compte que le film ne rectifiera jamais le tir. Pire, il va encore plus alourdir le récit avec une troisième partie étonnamment longue en pétard mouillé. On retiendra toutefois de rare fulgurance de vie dans certaines séquences précises du film comme celle de la danse nostalgique entre amis, faisant imaginer à son spectateur quel grand film il aurait pu devenir.

A l’image de l’affiche, Memory Box est une danse folle et envoutante à travers ses retours dans le passé. Mais cette musique, jamais éternelle, laisse place à un réel creux et maladroit.


Note

Note : 6 sur 10.

6/10


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