« Une Critique qui donne envie d’aimer une machine »

Depuis ses premières lettres de noblesse avec Metropolis, la relation mêlant humain et robot n’a cessé de s’inscrire dans la Grande Histoire du Cinéma, que ce soit avec l’ampleur technique et psychologique d’un Blade Runner ou par l’intimité réflexive d’un Ex-Machina, sans oublier enfin au travers de digressions temporelles dans la passionnante série (récemment annulée) Westworld.

Le pitch de I’m Your man peut, à première vue, sembler vu et revu et cela malgré son affiche accrocheuse. Comme l’héroïne du film, le spectateur doit être capable de remettre en question ses certitudes et de s’ouvrir. On vous rassure tout de suite, pas plus de quelques minutes ne sont nécessaires, tant la beauté et l’étrangeté de ce long-métrage nous happent rapidement de par sa justesse et sa sobriété touchante.

Il ne suffit que d’un regard au travers d’une vitre, celui d’Alma sur les passants se croisant dans la rue. Un regard inconscient qui veut tout dire, un regard qui révèle son histoire, ses peurs, ses fantômes. Ce n’est pas un mystère, c’est même évident, même Tom le robot le devinera facilement un peu plus tard dans le film. Les histoires humaines ne sont pas originales non, mais ça ne veut pas dire qu’elles ne sont pas puissantes, au contraire même. Comme une métaphore de son long-métrage, Maria Schrader mise sur une simplicité salvatrice qui devient de plus en plus touchante tout en conservant un équilibre de ton à la fois poétique, comique et émouvant. En s’autorisant des pauses contemplatives dans son récit, la cinéaste fait transparaitre l’âme de ses personnages, révélant une intériorité qui fait du bien.

La réalisatrice Maria Schrader n’est pas dupe, le spectateur connait aussi bien le sujet que sa protagoniste, aucun émerveillement n’est possible. L’expérience est factuelle, obligatoire, sonnant comme une malédiction pour ce personnage féminin ayant appris à vivre dans sa solitude. Le refus du spectaculaire est l’un des meilleurs choix du film, offrant toute la place mentale à son spectateur qui peut vraiment saisir le récit dans sa véritable finalité. La cinéaste ouvre le débat d’une potentielle recette du bonheur, en multipliant ses pistes de réflexion, notamment avec les thématiques de l’amour, des souvenirs ou de l’artificialité d’une société se détruisant déjà elle-même de l’intérieur. On ressort donc impressionnés par la densité et la richesse de l’écriture qui parvient à ne jamais survoler ses éléments mais au contraire à frapper juste sans perdre une seule seconde son timing.

En effet, le rythme du film est parfaitement géré, sublimé par un montage très efficace qui s’arrête pile quand il faut tout en laissant vivre les séquences dans leur singularité. Sans oublier cette magnifique bande originale au piano caressant les images avec poésie. Le charme et le talent des acteurs viennent clôturer cette liste d’ingrédients de qualité, offrant un duo étonnant où l’alchimie ne fait aucun doute. Le scénario s’autorise même à avoir de l’ironie par rapport aux interactions humain-robot, se servant de nos connaissances et des clichés (instaurés depuis des années par des centaines d’œuvres traitant du même sujet) pour mieux les détourner et remettre en question les certitudes de l’Homme.

Enfin, il est appréciable de visionner une œuvre où la morale se permet d’être ambivalente, pleine de nuances, à l’image des sentiments humains. Le film n’offre pas de réponses figées mais une ouverture au débat et à la réflexion, dévoilant un parfait miroir aux relations modernes qui régissent notre quotidien. On ne cherche pas un happy end ou une manière forcée de clôturer l’intrigue, laissant assez de place à l’imaginaire pour qu’on puisse s’épanouir dans nos propres réponses.

Comme une parenthèse, I’m Your Man arrive dans notre vie pour planter sa sensibilité puis repartir en laissant cette image de deux corps amoureux dans nos têtes. Deux corps qui courent, deux corps qui se tiennent face à face, deux corps qui s’aiment, qu’importe leurs origines. Au bout d’un moment, habilement géré dans le récit et par le montage, le spectateur ne porte d’ailleurs plus d’importance sur le fait que Tom soit un robot. Le long-métrage capte des interactions, de vrais sentiments entre les personnages et même s’il met en scène un être robotique, c’est pour mieux révéler des fragments précis définissant l’émotion humaine au travers d’une réaction, d’un sourire, d’un regard. Comme Alma qui a peur de ne plus reconnaitre l’homme du robot, le spectateur se rend vite compte que nous sommes déjà dans cette société décrite où le faux et la solitude priment. Finalement, c’est peut être pour cela que la spontanéité d’Alma nous saisit autant, que sa nostalgie arrive à resserrer notre cœur contre notre poitrine, ou que son amour pour Tom nous semble inévitable. Nous sommes condamnés à vivre dans ce monde mais à quel point allons-nous donner de l’importance à cette fade coquille quand c’est l’œuf qui est véritablement le moteur de la vie ?

Le film est maintenant disponible en DVD ici

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