Véritable emblème du Cap-Vert, Cesária Évora a fait briller la morna, d’abord localement puis à l’international, pendant plus de cinq décennies. À la voix unique et aux antipodes du business, la chanteuse capverdienne s’est instituée comme une superstar des musiques du monde mais surtout comme un être simple, d’une générosité débordante et fidèle à ses origines.

En 1992, Cesária Évora chante Sodade. À 51 ans, une star née et le succès est alors international. Libre et généreuse, la chanteuse capverdienne devient le symbole d’une nation. « Reine de la Morna » et « reine des cœurs », Cesária Évora éblouit par sa voix et son cœur.

L’être avant l’artiste

Avec Cesária Évora, la diva aux pieds nus, Ana Sofia Fonseca, la réalisatrice du documentaire, analyse l’ascension d’une artiste. Le succès et l’argent sont des artifices qui ne changeront jamais la personne. Elle restera toujours fidèle à ses valeurs autant dans sa vie que sur scène. C’est ainsi qu’elle construit l’entièreté de sa carrière, c’est ainsi qu’elle est faite. Cesária Évora donnait autant qu’elle recevait. Cette générosité, elle en fait part avec son public, ne voulant parfois pas quitter la scène mais aussi dans sa vie de tous les jours. Mère nourricière du Cap-Vert, elle réalisait des distributions alimentaires pour ses concitoyennes et concitoyens et n’hésitait pas à partager les recettes de ses tournées. Cesária Évora était unique en son genre, unique dans l’industrie musicale. Souvent comparée à Piaf, « La Piaf du Cap-Vert » titre L’Express en 1997, par besoin d’européaniser la diva, Cesária Évora était avant tout Cesária Évora. Elle se démarque de toutes et tous par ce qu’elle était, par ce qu’elle représentait.

À l’étranger Cesária était une diva, ici (ndlr au Cap-Vert) Cesária était Cesária. – Témoignage dans le documentaire

Cesária Évora © Lusafrica (Eric Mulet)/Epicentre Films
Cesária Évora © Lusafrica (Eric Mulet)/Epicentre Films

Un documentaire sincère et généreux à l’image de Cesária

Composé d’images d’archives et rythmé par ses chansons, le documentaire est éclairé par de nombreux témoignages de l’entourage de l’artiste. Le parti pris d’Ana Sofia Fonseca est de mettre en lumière les voix des témoins et non de les faire apparaitre. Ainsi, le documentaire se concentre sur son propos, sur sa protagoniste. Le procédé fonctionne à l’écran, l’immersion est totale au sein de l’univers de l’artiste. Le spectateur est accompagné tout au long de sa carrière. Elle ne chante pas, elle vit. Sa voix vient du cœur et le documentaire explique parfaitement comment et pourquoi. La famille, les amis, son île sont tant de choses qui résonnent dans sa voix, dans sa carrière, dans tous ce qu’elle représente. Elle avait un attachement viscéral à ses origines et à ses terres autant dans sa musique que dans son mode de vie. Elle avait une reconnaissance vis-à-vis du Cap-Vert, cette île qui a façonné la femme qu’elle est devenue.

Cesária est pauvre dans sa tête et ne croit pas à la richesse qui lui arrive.José Da Silva, manager

Le Cap-Vert © Lusafrica (Eric Mulet)/Epicentre Films
Le Cap-Vert © Lusafrica (Eric Mulet)/Epicentre Films

Une femme en avance sur son temps

Cesária Évora était en avance sur son temps. Libre avant tout, libre de ses choix, elle décide. Elle décidera ou non que la caméra filme ses pieds, elle décidera même de sa mort. Elle chantait pour elle mais surtout pour le monde. Son chant diffusait sa pensée. Elle a par ailleurs ouvert la voie à la musique africaine, ouvert une voie pour les musiques du monde. Elle ira même jusqu’à placer pour beaucoup le Cap-Vert sur la carte du monde. De par ses chansons, Cesária Évora ne fait pas que chanter, elle parle aux noms de tous les capverdiens, au nom de tous les africains. Ses terres, la mer l’inspiraient. Cesária était moderne sans réellement le savoir. C’était juste un trait de sa personnalité.

Tout ce qui doit venir, viendra. – Cesária Évora

Cesária Évora disparait, il y a 12 ans, le 17 décembre 2011. Elle laisse derrière elle un héritage immense et une île endeuillée par la perte d’un symbole, d’une mère. Cesária Évora, la diva aux pieds nus retranscrit à merveille toute l’humanité de cette artiste au cœur et à la voix d’or.

Le documentaire est en salles depuis le 28 novembre. Vous pourrez retrouver votre séance ici.

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