À travers un film qui se consume lentement avant de dévoiler ses secrets, le spectateur est emmené à la rencontre d’un personnage aussi apathique que mystérieux.

🎬 Réalisateur : Michel Franco

🎬 Casting : Tim Roth, Charlotte Gainsbourg, Henry Goodman…

🎬 Genre : Drame

🎬 Sortie : 27 juillet 2022 (France)

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Synopsis : Une riche famille anglaise originaire de Londres, les Bennett, passe ses vacances dans une ville portuaire mexicaine nommée Acapulco. Les membres du voyage sont Neil Bennett, sa sœur Alice, ainsi que ses deux enfants appelés Alexa et Colin. En plein milieu de leurs congés, partagés entre diverses activités et des instants de détente, ils se voient forcés de rentrer dans leur pays d’origine lorsque Alice prend connaissance de l’état critique de sa mère. Ils finissent par apprendre sa mort sur le chemin de l’aéroport. Avant de prendre le vol du retour, Neil prétend avoir oublié son passeport à l’hôtel. Parti seul pour aller le récupérer, il disparaît soudainement.

La réputation de Michel Franco, réalisateur et scénariste mexicain, n’est plus à prouver. Il se fait connaître grâce au succès de son film Depués de Lucia, relatant le harcèlement scolaire d’une jeune fille au sein de son nouveau lycée, pour lequel il remporte le prix ‘Un Certain Regard’ au Festival de Cannes en 2012. Il remporte par la suite nombre d’autres prix qui vont lui permettre de confirmer son talent auprès du public. Le réalisateur obtient deux autres prix à Cannes : celui du scénario en 2015 pour Chronicle, ainsi que le prix ‘Un Certain Regard’, une nouvelle fois, avec Les Filles d’Avril en 2017. Après le succès de ces films (un nouveau drame ainsi qu’un film de science-fiction), Michel Franco apparaît comme un réalisateur et scénariste complet. 

Alors que ce dernier rencontre un énième succès en 2020 à la Mostra de Venise avec son film Nuevo Orden, encore non présenté aux yeux du public français, un nouveau film réalisé par ses soins nous est déjà présenté : Sundown. Cette réalisation est-elle aussi réussie que ses autres long-métrages dramatiques ? Verdict.

Neil Bennett, L’Étranger des plages mexicaines

Il va sans dire que le spectateur se retrouve face à un long-métrage fortement élémentaire avec Sundown.

En effet, tout dans le montage, dans les prises de vue, dans les dialogues ou encore le son est composé avec une sobriété déconcertante. Les plans sont quasi exclusivement fixes avec une caméra qui bouge très peu, les dialogues ne sont pas en grande quantité, on suit peu de personnages et la musique est présente mais se fait très discrète. On a alors le droit à des plans longs sur la durée, avec une atmosphère des plus calmes, contemplative, nous permettant de pleinement assimiler le climat du long-métrage.

Par conséquent, ce dernier peut sembler relativement long et absurde aux yeux de certaines personnes. Cependant, ce choix de réalisation est assurément justifié et réussi puisqu’il est en totale adéquation avec la personnalité du personnage principal du film, Neil Bennett. On est en présence d’un homme partageant une très grande ressemblance avec Meursault, narrateur et personnage iconique de ‘L’Étranger’ d’Albert Camus : un homme qui est étranger au monde qui l’entoure, à ses proches, à la société, mais aussi à lui-même et à ses propres émotions. On observe alors une personne qui s’ennuie, n’apprécie pas le temps qu’il passe avec les membres de sa famille, et semble se morfondre pour une raison plutôt mystérieuse, communiquée subtilement au début du film, puis explicitement expliquée vers la fin.

Durant une longue heure, on examine un Neil dans un état passif qu’il n’a pas l’air de saisir non plus. Il passe ses journées à s’alcooliser en bord de mer, passe du temps avec une femme qu’il n’a pas l’air d’aimer sincèrement, passe du temps avec des gens sans vraiment sembler apprécier ces moments, ne réagit pas à la violence banalisée qui l’entoure, aux appels à l’aide et aux remontrances de ses proches, et ne semble pas le moins du monde affecté par la mort de sa mère. Étant donné qu’il ne parle pas beaucoup, du fait de son état passif, beaucoup de choses restent assez floues pendant une longue partie du film, et on est plusieurs fois induits en erreur par cette espèce de narrateur non fiable. Neil est-il en train de commettre une tromperie en fréquentant cette femme à Acapulco ? Il s’avère que non, puisque le personnage de Alice, joué par Charlotte Gainsbourg, se trouve être sa sœur. Quel est réellement son but, s’il en a vraiment un ? Est-il le ‘méchant’ de l’histoire, ou est-il un homme complètement innocent ? On ne peut s’empêcher de douter puisque le film nous trompe constamment. Le spectateur n’est jamais sûr de rien devant ‘Sundown’, et quelque part, c’est ce qui fait sa force.

En définitive, l’état du personnage que l’on suit déteint jusque dans la structure du film : il est lent, contemplatif, confus, mais jamais vraiment dans le mauvais sens du terme. On a quelquefois droit à des plans plus rapprochés sur le personnage de Neil, interprété par un Tim Roth irréprochable, qui peuvent traduire ses pensées ou son état, ou des plans sur d’autres éléments (comme par exemple le soleil, le ciel, le paysage, synonyme du temps qui passe, ou autres).

Un Tim Roth exemplaire dans le rôle de Neil, personnage totalement désabusé.

Un film aux tons différents, se succédant pendant le visionnage

Comme indiqué précédemment, le film ne comporte pas de grands points culminants ou de moments d’action significatifs durant une longue partie de son déroulement. Pendant près d’une longue heure, on suit donc les déambulations de Neil, errant sans but sur les plages d’Acapulco et ses environs. Le scénario est simpliste, les plans très aérés, la musique très effacée, et le film est avare en dialogues. Cependant, toute la partie ‘drame’ fonctionne relativement bien. Tout ce que le long métrage nous propose réussit, même si on ne sait pas vraiment où il veut nous emmener de prime abord. La prise de vue est bonne, les acteurs sont justes (Tim Roth est encore une fois très bon, Charlotte Gainsbourg se débrouille bien pour le peu qu’on la voit, tous les autres acteurs secondaires s’en sortent plutôt bien également), le déroulé de l’intrigue tient la route. Toutefois, on ne peut occasionnellement s’empêcher de trouver au film une certaine longueur. En effet, alors qu’on a l’impression d’assister à une séance de deux heures, ‘Sundown’ ne dure qu’en réalité 1h23. C’est là le défaut majeur du film. Ce dernier aurait pu omettre certains éléments et passer en vitesse sur d’autres, dans le but de se pencher plus en profondeur sur des choses plus intéressantes ou développer davantage les parties un peu plus dynamiques du film. 

Après environ 45 bonnes minutes, le long-métrage semble réellement changer de ton et prendre un rythme différent, en enchaînant sur une partie que l’on pourrait plutôt qualifier de film d’enquête. Le scénario se précise : la famille Bennett est riche et possède une entreprise à succès. Évidemment, les personnages commencent à parler argent, héritage, parts, des tensions se créent, des disputes éclatent, des drames se produisent. Le spectateur vient à se poser de nouvelles questions : est-ce que Neil a des choses à se reprocher ? Est-il responsable de la situation que l’on observe, ou est-ce un malheureux concours de circonstances ? On ne sait plus trop se positionner par rapport à lui. Doit-on le prendre en pitié ou le blâmer ?

En parallèle, le film se met également à proposer plusieurs scènes d’action assez bien menées, avec une course poursuite, des armes à feu, et même des meurtres. Ce n’est que vers la fin du film que l’on retrouve une partie plus lente et plus dramatique, avec un aboutissement passablement énigmatique et plutôt décevant. Tout semble retomber comme un soufflé, et on peut alors déplorer l’absence d’une réelle fin ou d’un manque d’insistance sur certains éléments. Pourtant, même en prenant en compte toutes les différentes scènes aux tons différents, l’ensemble reste logique et bien amené. Rien n’est forcé ou incohérent. 

Cette famille d’apparence parfaite cache-t-elle une face sombre ?

En conclusion

‘Sundown’ est un film dans lequel nombre d’exercices de style et de changement de tons sont réalisés, et vaut donc le détour au moins pour un visionnage. On peut tout de même lui trouver quelques faiblesses, comme un défaut au niveau du rythme durant une bonne première partie du film. De plus, certains points de l’histoire qui auraient mérité qu’on s’y attarde davantage sont à peine survolés, et l’absence d’un réel aboutissement à toutes les péripéties rencontrées est à déplorer.

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