Après sa présentation au Festival de Cannes dans le cadre de la Quinzaine des réalisateurs et un très bel accueil presse, le deuxième film de Léa Mysius était très attendu.

Dès les premières minutes du film, la proposition fonctionne. Une bande originale entêtante et puissante, une photographie très bien exécutée et des paysages qui plantent le décor. Avec des airs kubrickiens (on croirait presque à un clin d’œil caché entre le cliché de mariage de Joanne et Jimmy et celui de Jack Nicholson à la fin de Shining), la mise en scène transporte le spectateur.

Petit à petit, l’histoire prend forme et c’est peut-être là que le bât blesse, toute proportion gardée bien sûr. Joanne, championne locale déchue cache un mal-être dans son couple et plus particulièrement dans sa vie. Elle est comme une vivante inanimée. Jimmy, sapeur pompier est un genre de cyborg sans émotion qui ne laisse rien transparaître. Leur fille, Vicky, possède des capacités sensorielles surdéveloppées qui pourraient s’apparenter à la culture vaudou. Tout va (presque) au mieux jusqu’au moment où la sœur de Jimmy réapparaît. Connue de la région, elle chamboule l’histoire et le film.

L'histoire

Ce chamboulement se ressent donc dans l’histoire et dans la construction du film. Ce dernier propose beaucoup de thématiques : le harcèlement scolaire, le racisme, l’homophobie, la sorcellerie, en un temps relativement restreint (environ 1h30). Toutes ces thématiques sont complémentaires dans l’avancement de l’histoire mais l’intrigue s’égare malheureusement parfois. Le spectateur est plus ou moins absorbé par le scénario grâce notamment à la qualité photographique et technique du film mais ce surplus d’axes le perd cruellement.

© Les Cinq Diables

Adèle alias Joanne

Adèle Exarchopoulos n’est pas à son premier coup d’essai. Dans Les cinq diables, elle brille et fait rayonner le fim. Dès les premiers instants, le spectateur est face à elle au cœur d’une scène forte. Ce jeu de regards entre l’audience et elle marque le début d’une très belle performance. Elle sublime l’histoire par sa prestation de jeune mariée qui ne se plaît ni dans sa vie, ni dans son mariage. Elle fait naître un réel sentiment de compassion dans son mal-être permanent : au travail et en famille. Elle n’a quasiment aucune autre relation sociale et cela rajoute à cette ambiance pesante autour de son personnage. Elle renaît à nouveau lors d’une séance de karaoké avec une interprétation approximative mais émouvante de Total Eclipse of the Heart de Bonnie Tyler.

Les cinq diables était très attendu sur les écrans français. Il déçoit quelque peu et ravit tout autant. Léa Mysius réalise la prouesse de réussir et d’échouer à la fois.

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