LA LETTRE : THE PIANO CAT

Article écrit dans le cadre de La Lettre, une initiative PelliCulte autour d’œuvres qui ont marqué ses rédacteurs. Ce mois-ci, projecteur sur les courts-métrages méconnus, ou simplement méritant de votre curiosité. Je m’appelle Adam, et voici ma lettre à The Cat Piano, perle noire de l’animation.

Alors que les chats dansent, chantent et vivent, un vieux raconteur tombe amoureux d’une grande dame resplendissante. Mais drame ! Des chats disparaissent, sans trace. Alors la musique et la beauté sont réprimées. Car on dit que de l’autre côté de la mer, en haut du phare, vit l’Homme, et qu’il joue du monstrueux Piano du Chat.

Accords de couleurs

est-ce par la taille que tu peux me juger ?

Le choix est difficile, ne mettre en lumière qu’un seul court-métrage parmi tout ceux qui nous ont marqué est toujours une tâche coûteuse. Qui plus est, quand il s’agit d’un milieu encore trop confidentiel, ne demandant qu’à être plus vu par le monde. Celui du court-métrage reste en effet alternatif pour beaucoup de gens, alors que bien des œuvres en perdraient de leur valeur si elles duraient ne serait-ce qu’une minute de plus. Non, le court est bien un format à part entière et les difficultés avec lesquelles il doit composer sont tout aussi intéressantes que les longs.

Certains s’en sortent si bien qu’ils nous impressionnent plus que 90% des longs-métrages qu’on ait déjà vus. Vous le devinerez peut-être, mon dada dans le domaine est l’animation, qui colle particulièrement bien au format. Puisque plus intriqué dans les problématiques de durée de production et de réalisation que bien des live, il a selon moi bien plus d’expérience dans le domaine. J’aurais pu citer un océan de mentions honorables, comme La Noria de Carlos Baena, On your Mark de Hayao Miyazaki, les Wallace & Gromit de Nick Park, The Sandman de Paul Berry ou la flopée de Pixar Shorts. Oups, je viens de le faire.

Clay-mation, Stop-motion, images de synthèses ou bien dessins traditionnels, tous les moyens sont bons pour concentrer un arc narratif, thématiques et patte artistique en une histoire souvent de moins de 10 minutes. Là est le défi, là est l’intérêt. Et pour moi, le roi de sa catégorie est sans conteste The Cat Piano d’Ari Gibson et Eddie White, sorti en 2009.

Le Maître chanteur et la Diva

Hip Cat went scat

Ce film de seulement 8 minutes peut se vanter d’établir en si peu de temps un des meilleurs univers graphiques de sa génération. Empruntant beaucoup à la bande-dessinée et au roman graphique, son ton nocturne et méchamment sensuel accrochent, intriguent et envoûtent. Intelligemment, les couleurs y tiennent un rôle majeur, le bleu et le rouge se confrontant en toute simplicité, d’une évidence primaire. Au départ synonyme de fête et de musique, ce bleu sombre devient celui du froid, du mystère, du vide. Le rouge comble, lorsque la colère embrase, que la douleur déchire le silence du ciel nocturne. Plus malin qu’il n’y paraît donc.

Le vide, c’est-à-dire ce qui n’est que noir profond, en est le composant graphique principal. De lui, les formes émergent, vivent, existent. Ce qui fait ressortir chaque élément choisi, par la mise en scène et la direction artistique. Mais surtout, laisse de la place à l’imagination. Comme l’histoire est narrée par un scénariste/journaliste, racontée sur le ton du narrateur de Film Noir, on appelle globalement le spectateur a se laisser prendre au jeu, celui de croire que ce qui n’existe pas existe mais n’est pas là.

Un Chafouin

Rougir et rugir

Les influences de The Cat Piano se ressentent immédiatement. Blacksad et ses animaux anthropomorphes, mais aussi le Film Noir en général, avec sa Femme Fatale resplendissante. Mais là où le mélange est glorieux, c’est que le choix du Chat comme animal apporte cet aspect Paris Noir, cabaret de nuit, lorgnant vers du Caravan Palace. Ces minous qui swing, ce sont les Aristochats. Cette voix, celle de l’acteur Nick Cave, évoque à elle seule le Crooner, le mystique bariolé alternatif des décos de salon. Pensé jusqu’au bout dans son univers, le film est d’une totalité sans égal.

Et le chat, le loubar des rues, c’est avant tout une figure du laissé pour compte. Le piano lui, de son moyen d’expression, la musique sa raison d’être. En transformant cela en machine à torture, le métrage en fait un miroir terrible et cruel. Message social ? Politique ? Peu importe, l’image est assez claire pour en faire une fable intemporelle sur l’Art et son détournement. Ce n’est peut-être pas un hasard si un des auteurs finira par travailler sur le jeu vidéo HollowKnight pour les connaisseurs.

Un miaou de trop

Bref, je ne peux que recommander chaudement cette perle de poésie noire. Elle brille d’intelligence, de simplicité et surtout, de classe !

Une dernière image pour la route.

Ouvrez grands vos yeux

Le film est à voir gratuitement sur YouTube.

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