? Réalisateur : Frederico Ferrone & Michele Manzolini

? Casting : Emidio Clementi

? Genre : documentaire

? Sortie : 1er septembre 2019 (France), 10 octobre 2019 (Italie)

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Synopsis : En 1941, un soldat italien part pour le front russe. L’armée fasciste est alliée avec les allemands et la victoire semble promise. Contrairement à ses jeunes compagnons enthousiastes le soldat, qui a déjà connu les conflits armés d’Afrique, redoute ce voyage. Le train chemine vers l’Ukraine et l’hiver arrive en même temps que grandit l’inquiétude. Le désir le plus fort n’est plus celui de la victoire mais d’un lit bien chaud, d’un repas et du retour au foyer. Frappées par les vents, les steppes semblent être habitées par des fantômes et le soldat nous emporte avec lui dans sa nostalgie.

Comment manier l’image d’archive ? Sur cette question paraissant toute simple, se pose pourtant un grand nombre d’enjeux cinématographiques, ou plus généralement artistiques. Au milieu des fictions, qui jouent de leur facticité pour s’ouvrir à tout un champ des possibles, l’image d’archive invoque beaucoup de contraintes, qu’elles soient techniques ou simplement morales. Quel regard faut-il poser sur celle-ci ? Comment les manier ? Quelle limite peut-on se donner lors de leur manipulation ? Tant de réflexions qui viennent instaurer un rapport complexe avec ce mode d’expression particulier, ayant souvent investi le camp du cinéma documentaire.

En 2014, Frederico Ferrone et Michele Manzolini, cinéastes italiens déjà connus pour Merica, tentent d’apporter leur pierre à l’édifice avec Il treno va a Mosca, œuvre déconstruisant l’utopie communiste de l’Italie des années 50, par l’usage des images de Sauro Ravaglia, cinéaste amateur à l’époque. Cinq ans après, les deux auteurs reviennent grâce à Il Varco, documentaire suivant le périple d’un soldat italien parti pour le front russe, durant la Seconde Guerre mondiale.

Face à une voix off fantomatique, tout droite sortie d’outre-tombe, et l’amoncellement d’étranges images aux allures de cauchemars fabriquées, desquels on ne perçoit que quelques obscures silhouettes, les premières minutes de Il Varco ne peuvent que décontenancer. Annoncé comme un documentaire d’archives somme toute classique, usant des images filmées en 16mm par deux officiers, l’œuvre de Ferrone et Manzolini ne fait que déroger à nos attentes, en sortant constamment des formes imposées et en s’imposant comme une œuvre autant documentaire que fictionnelle, à la fois journal intime, reconstitution ou film de simili-animation. En effet, sous ses allures de journal intime contant la véritable histoire d’un soldat italien anonyme, le film n’est au fait que fabulation et travaille un récit fait de toute pièce, monté à partir d’images d’archives, mais aussi grâce à des images tournées en 2018 en Ukraine.

À la manière de son personnage principal, jeune soldat cherchant très vite à fuir l’horreur qui l’attend, Il Varco en vient toujours à sortir des sentiers battus et à s’ouvrir à de nouvelles formes d’expression. Sur une voix off mêlant à la fois des textes de Rigori Stern et de véritables journaux intimes écrits par des soldats durant la guerre, les deux cinéastes jouent de cette hybridation des formes pour trouver une nouvelle forme de poésie. Par un travail d’associations entre images, qui se rejoignent par des symboles ou motifs récurrents, le temps n’a très vite plus d’importance et tout le récit perd peu à peu de vue l’époque dans laquelle il se place. Il Varco ne ne se fait alors plus témoin d’un seul conflit, mais de tous les conflits, chose renforcée par les décors contemporains de l’Ukraine, renvoyant évidemment aux tristes enjeux qui s’y jouent actuellement.

Par cette hybridation des formes, qui fait du film un objet parfois trop théorique, les deux cinéastes parviennent toutefois à amener l’archive vers de nouveaux enjeux. Après une telle œuvre, qui se plaît à mêler le vrai et le faux, quelle nouvelle place pourrait-on donner à l’image d’archives ? Plus que d’être une œuvre passionnante, Il Varco est le terreau de nouvelles interrogations et possibilités concernant cette image, longtemps enfermée dans son simple statut de souvenir capturé, mais pouvant possiblement s’en émanciper pour servir de nouvelles formes.

Note

7/10

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