Premier long-métrage de sa réalisatrice, Mélisa Godet, La Maison des femmes nous fait découvrir un organisme dont on entend encore trop peu parler, qui accueille des femmes victimes de violences afin de leur redonner une voix et les aider à se reconstruire. Le film sort donc ce 4 mars, une date d’autant plus symbolique : la même semaine que la Journée internationale des droits des femmes. Le film rend-il honneur à son sujet ? PelliCulte décortique.
Du genre social
Ce qui apparaît d’emblée, c’est que La Maison des femmes s’inscrit dans un genre assez répandu du paysage cinématographique français : celui des films sociaux. On y reconnaît la même esthétique, le même rythme et quasiment la même dynamique narrative que dans Nous verrons toujours vos visages de Jeanne Herry, véritable référence en la matière. Appartenir à cette catégorie est loin d’être un défaut, bien au contraire, mais le film peut néanmoins souffrir de la comparaison avec des œuvres dramatiquement mieux construites.
Tel un véritable diesel, le début s’avère quelque peu bancal, cherchant maladroitement son ton entre comédie et drame, avant de trouver son rythme de croisière à la fin de son premier tiers. Pour autant, une fois le spectateur pleinement entré dans le film, tous les rouages se mettent à fonctionner : une mise en scène qui séduit par touches, intime par moments, plus voyante dans la composition des rapports de force, un montage bien équilibré, et une composition musicale aussi étonnante que sensible, où des vocalises féminines viennent ponctuer une sombre et malheureuse réalité.
Une narration qui en veut
Il y a dans La Maison des femmes une exigence narrative qui rend le film particulièrement efficace. Les personnages sont bien caractérisés et portés par des interprétations solides, qui trouvent toutes leur force dans le jeu collectif. De véritables témoignages viennent ancrer le combat décrit dans le réel, avec un léger aspect documentaire bienvenu. Le spectateur comprend très vite qu’il est essentiel de rendre visibles ces structures, tant le propos est important, actuel et malheureusement omniprésent dans nos vies.
Mélisa Godet a effectivement beaucoup de choses à transmettre. Elle livre d’ailleurs un récit très dense, dans ce qu’il raconte comme dans les questions qu’il soulève, parfois de manière trop frontale et trop appuyée dans les dialogues. De même, la cohésion de l’équipe de la Maison des femmes peine parfois à exister pleinement à l’écran, mais on lui pardonne volontiers au regard de l’importance du propos.
C’est dans la dernière partie du film que le récit trouve une force nouvelle, grâce à l’apparition d’un contexte que l’on ne connaît que trop bien : celui de la pandémie de coronavirus. Elle devient un véritable enjeu narratif, qui rebat les cartes et dit quelque chose d’un réel encore profondément ancré en nous. Ce choix, particulièrement habile, érige la pandémie de COVID-19 en véritable pivot dramatique, à la fois destructeur, figé dans le temps et marquant, cristallisant à lui seul toute la nécessité et l’urgence du combat des femmes décrit dans ce long-métrage.
Sans révolutionner le genre, La Maison des femmes s’impose comme un film important, porté par un groupe d’actrices solide et une écriture maîtrisée qui finit par nous emporter grâce à la force de son propos. Une œuvre qui mérite assurément de sortir de son invisibilité.
En salles à partir du 4 mars 2026
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